Selim Ben Safia s’est formé à la danse hip hop au Sybel Ballet Théâtre et à la danse contemporaine au Centre Méditerranéen de Danse Contemporaine de Tunis. Depuis 2010, Selim a chorégraphié plusieurs pièces sur la difficulté de créer, sur le rôle de l’art dans les sociétés arabomusulmanes, sur les pressions sociales subies par les danseurs et sur l’avenir du métier post-printemps arabe.
Il a créé en 2017 l’association « Al Badil - l’alternative Culturelle » avec pour objectifs de démocratiser l’accès à l’art et à la culture, promouvoir les artistes émergents et accompagner les managers culturels Tunisiens.
En 2019, il a initié le programme Archipel en Tunisie en partenariat avec le groupe danse partout au Québec et le Théâtre Francine Vasse à Nantes, programme qui fédère et construit des trajectoires durables entre des structures et des territoires dans un principe d’allers-retours, en réciprocité, en théâtre, danse et écritures. En 2022, Selim Ben Safia est nommé directeur du festival Les Journées Chorégraphique de Carthage, seul festival étatique dédié à la danse en Tunisie.
Labes, en arabe, signifie « tout va bien ». Dans cette pièce pour quatre danseuses et danseurs et une musicienne, le chorégraphe Selim Ben Safia et l’artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke explorent les notions antagonistes d’arrêt et de résilience. Au son d’une viole de gambe, par-delà les ruines et le déni, une ode à la danse de la vie.
Nadia Kaabi-Linke a conçu la scénographie à partir de ses recherches sur le Quartier Maghrébin de Jérusalem, détruit en 1967. Citant, dans ses zones d’ombre, la mémoire de ce quartier disparu, le plateau devient un espace hanté – scène de danse et de musique live, aussi robuste que lumineuse dans sa fragilité. Les murs transparents surgissent sur scène comme des spectres. Cette installation, traversée par les notions de hantise et de disparition, a nourri la démarche chorégraphique et ouvert un espace poétique et politique.
Porté par des valeurs puissantes dans leur simplicité et leur engagement – la force de la vulnérabilité, la vertu du collectif et l’art comme espace possible de réparation – Selim Ben Safia ose une vraie danse de la joie. Sur scène, cinq artistes d’origines et d’affinités esthétiques différentes – breakdance, cirque, danse contemporaine, danse traditionnelle – se font à la fois interprètes et passeurs de cette confiance inébranlable dans la bienveillance fondatrice des liens humain·es. Traversés par l’énergie de la dakbé palestinienne et les rythmes traditionnels tunisiens, des chants funèbres ou encore des accents universels de la viole de gambe, les corps sondent la tension entre ce qui se fige, s’enterre ou se cimente autour de soi, et l’élan vital qui continue de palpiter à l’intérieur. Un geste chorégraphique de résilience.